Vous avez enfin réussi à hiverner quelques ruches jusqu'à ce printemps, les pissenlits, colza, acacias sont en fleurs...

"Ca y est, cette année c'est la bonne, tout le monde dit que c'est prometteur,je vais enfin produire du miel" 

En ouvrant vos ruches , vous voyez les cadres blindés de miel, le couvain forme de grandes plaques ou des demi-couronnes concentriques operculées. Tous les signaux sont au vert ...

Vous décidez de placer une hausse sur chacune de vos ruches. Pendant plusieurs jours, le soleil est au beau fixe, et vous vous imaginez vos butineuses absorber le nectar dans les fleurs, vous imaginez les hausses se remplir pendant que vous vous endormez le soir.

Vous pensez à doubler la mise en rajoutant une seconde hausse une semaine après...

En allant sur votre rucher, vous remarquez trois grappes d'abeilles, grosses comme des ballons de football, accrochées aux arbres environnants. 

"Hum étrange"

Lorsque vous ouvrez vos 10 ruches, seulement 3 ont rempli une hausse de miel, les 7 autres restent désespérément vides d'abeilles et de miel. Désespéré, vous ne doublez alors que les 3 autres et appelez votre ami Luc, lui aussi débutant l'apiculture depuis 3 ans, pour savoir ce qui s'est passé.



Luc

"Même chose depuis 3 ans, pas moyen d'avoir un rucher régulier avec du miel dans toutes les hausses. A chaque printemps je retrouve mes abeilles pendues aux arbres. Impossible de savoir comment empêcher l'essaimage naturel, je ne sais plus plus comment m'y prendre..."



Avant de savoir comment bien réagir, tâchons de bien comprendre l'essaimage naturel.

L'essaimage naturel, quésaco? 

 Une colonie colonie constitue une sorte d'unité biologique, organisée en castes, elles mêmes composées de plusieurs individus (reines, ouvrières, faux-bourdons), qui sont incapables de vivre ou de se reproduire seuls. 

La colonie assure la multiplication de de son espèce par une division spéciale. 

On parle alors d'essaimage naturel ou simplement d'essaimage dans le langage courant, pour désigner ce phénomène, par opposition à l'essaimage artificiel, déclenché par l'apiculteur pour multiplier ses colonies. 

À l'état naturel, l'essaimage naturel est indispensable à la survie de l'espèce, mais pour l'apiculteur, il est un ennemi absolu!

Pour l'empêcher essayons de comprendre ce qui a pu se passer dans votre rucher.

1. Ce qui déclenche l'essaimage naturel

Au printemps, la ponte est relancée par les miellées forte de colza, pissenlit et acacia. La colonie se développe tambour battant, la ruche est en effervescence  et les cadres forment de grandes plaques ou des demi-couronnes concentriques operculées. 

Le nombre d'abeilles est chaque jour plus important et la colonie finit par occuper tout l'espace. Les cadres sont saturés de nectar en partie haute et recouverts de couvain en partie basse. La colonie n'a plus de place pour se développer, l'essaimage se déclenche... 

Voilà un cadre magnifique, couvain operculé, provisions, tout y est mais il peut pourtant bien qui peut pourtant bien cacher la menace de l'essaimage naturel

2. Elevage des cellules royales 

Les ouvrières construisent plusieurs alvéoles royales en forme de doigt verticaux en bordure de couvain, où la mère vient pondre des oeufs. 

Ces oeufs ne sont absolument identiques à ceux des ouvrières, seulement les larves, abondamment nourries à la gelée royale deviendront des reines, 16 jours après la ponte de l'oeuf. 

cellule royale

Plusieurs cellules royales, bien allongées sont élevées en bordure de couvain

Pendant la préparation de l'essaimage, les ouvrières peuvent ralentir leur activité, se pendre en grappe et faire la barbe. Elles paraissent alors désoeuvrées : c'est la fièvre de l'essaimage.

fièvre de l'essaimage

Les abeilles qui forment une grappe magnifique ici en se pendant à la planche de vol peuvent être le signe d'un essaimage prochain 

3. Départ de l'essaim primaire

Dès l'operculation des premières cellules royales, 9 jours après la ponte (3 jours d'oeufs, puis 6 jours de larves non-operculées), la colonie se divise en deux : la moitié reste dans la ruche, l'autre moitié décolle de la ruche pour former un nuage dans un volume de plusieurs dizaines de mètres cubes. 

Les ouvrières, gorgées de miel et les mâles accompagnés de la vieille reine fécondée tourbillonnent à quelques mètres du sol, puis se condensent comme une goutte d'eau en une grappe de quelques litres au bout d'une branche : c'est l'essaim primaire.

essaim sauvage pendu à un arbre

Un essaim sauvage que vous pouvez récolter si vous le pouvez mais qui aura vidé une partie de votre colonie... à éviter donc...

4. Eclosion des cellules royales 

Dans la ruche-mère, une première jeune reine vierge nait. Dans ce cas, deux situations sont possible :

1. La jeune reine vierge éclose tue ses soeurs avant leur éclosion ou leur livre un combat à mort sur les rayons.

La reine victorieuse se fera féconder 8 jours plus tard et commencera à ponde à au 10 jour après sa naissance. La colonie aura été vidée de la moitié de ses abeilles et aura subi un arrêt de ponte de 17 jours ( 7 jours après le départ de la vieille reine fécondée et 10 jours pour que la nouvelle reine se fasse féconder et recommence à pondre), mais un seul essaim aura quitté la ruche. 

La colonie sera alors stable et pourra recommencer à croître. on différencie une cellule éclose d'une cellule détruire par leur ouverture : circulaire, vers le bas pour la cellule royale éclose et rongée sur le côté pour la cellule royale détruite.


cellule royale éclose

une cellule royale éclose est ouverte avec une ouverture bien circulaire

2. La jeune reine vierge éclose tolère ses soeurs enfermées

 Pendant ce temps, les ouvrières nourrissent les reines séquestrées par une brèche de la cellule royale...,  jusqu'à l'envol de l'essaim secondaire

5. Départ de l'essaim secondaire

Une dizaine de jours après le départ de l'essaim primaire (3 jours après l'éclosion de la première reine vierge), un essaim secondaire, plus petit, quitte la ruche, accompagné de la jeune reine vierge ainsi qu'un certain nombre de reines qui étaient séquestrées avant le départ de l'essaim secondaire.

6. Et ce n'est pas fini...

Vous pensiez que vous en aviez terminé avec l'essaimage naturel après le départ des essaims primaires et secondaires, sauf que... 

Deux ou trois jours après le départ de l'essaim secondaire, un essaim tertiaire puis éventuellement quaternaire peuvent quitter la ruche, emportant à chaque fois une ou plusieurs reines vierges et la moitié de la colonie restante. 

Il ne restera plus qu'une poignée d'abeilles dans la ruche. Les essaims pendus aux arbres environnants vous nargueront et vous serez désespéré de les avoir laissés partir avec toutes vos butineuses...  Vous vous direz :

"Le miel, ce sera pour l'année prochaine..."


vos yeux pour pleurer

Arrivé à ce stade, il ne vous restera plus que vos yeux pour pleurer...

Avant que vous arriviez à ce stade, vous pouvez faire tout de même plusieurs opérations sur vos ruches, qui à défaut d'empecher à 100% l'essaimage naturel vous permettront de l'éviter en grande partie.

Il existe des techniques pour empêcher l'essaimage naturel. 

J'aime encore mieux les termes de prévention ou de de gestion de l'essaimage puisqu'il s'agit d'éviter qu'il se déclenche en amont. Je vous montre comment éviter de perdre encore une fois votre récolte.

Comment empêcher l'essaimage naturel

Plusieurs moyens sont possibles pour empêcher l'essaimage naturel. J'ai résumé dans cet article 6 solutions pour l'éviter que j'ai classées de la moins pertinente à la plus pertinente. suivez le guide!

Solution 1 : détruire les cellules royales

Il s'agit de casser toutes les cellules royales en inspectant CHAQUE cadre toutes les semaines pour ne pas qu'une nouvelle reine naisse et cassez la dynamique d'essaimage. 

Pourquoi je mentionne cette solution très populaire, mais je la déconseille? 

Tout simplement parce qu'en plus d'être très gourmande en temps si vous avez beaucoup de ruches, vous risquez deux choses:

1. Vous avez raté une cellule royale et un essaim part quand même de votre ruche. 

Dans ce cas là, vous aurez fait tout ce travail pour rien car il vous aura suffit d'avoir oublié une seule cellule royale pour qu'un essaim parte de la ruche.


cellule royale

Voyez comme il est facile de confondre la cellule royale avec le couvain et de l'oublier

2. Vous détruisez toutes les cellules royales mais l'essaim primaire part quand même

Dans ce cas, votre colonie est condamnée à s'éteindre ou à devenir bourdonneuse.

 Pourquoi? 

Tout simplement parce que la vieille reine fécondée est partie de la ruche avec un essaim et plus aucun oeuf n'est pondu, empêchant la colonie de se remérer (élever une nouvelle reine). 

Je préfère largement les solutions suivantes qui traitent le problème en amont et empêchent la fièvre d'essaimage avant qu'elle n'advienne.

Solution 2 : poser des hausses

Lorsque la miellée est forte, dipsoser une hausse sur votre ruche permet d'augmenter naturellement la place dont disposent les abeilles pour stocker le nectar, évitant partiellement l'arrêt de ponte. 

En plus de cela, vous pourrez récolter le miel quelques jours après à la fin de la miellée.

Cette solution est moins efficace que les solutions 3 et 4 pour empêcher l'essaimage naturel puisque malgré tout puisque le corps de ruche peut se bloquer en provisions.

hausse sur une ruche

Les hausses permettent à la ruche de  soulager la ruche en créant des espaces de stockage pour les provisions 

Solution 3 : retirer des cadres de provisions

En retirant un ou deux cadres de provisions qui sont disposes en rive, vous soulagez une ruche trop forte et trop pleine de nectar. 

Vous libérez de la place à l'intérieur même du corps de ruche. 

A la place de ces cadres de provision, vous pouvez soit disposer des cadres bâtis, soit des cadres de cire gauffrée.


empecher l'essaimage naturel

Deux cadres neufs de cire gaufrée (ici en clair) sont introduits en rive à la place des cadres de de provision (PS : tout à droite, il s'agit d'une partition et non d'un cadre)

Solution 4 : Changer vos reines chaque année

Les reines les plus essaimeuses sont les vielles reines agées de 3 ou 4 années. 

En changeant vos reines tous les ans ou tous les deux ans, vous réduisez le risque d'essaimage et en vous aurez aussi des reines plus performantes.

reine abeille

Une jeune reine (un ou deux ans) essaime moins qu'une vieille reine 

Solution 5 : Clipper vos reines 

Clipper vos reines signifie que vous couperez la moitié de l'aile d'une abeille en biseau afin qu'elle ne puisse pas s'envoler lors d'un essaimage. 

Pour rappel, lors d'un essaimage naturel, c'est la vieille reine qui part avec une partie de la colonie et la nouvelle reine reste dans la ruche. 

La vielle reine clippée tombera par terre, incapable de s'envoler puis rentrera dans la ruche avec tout ou partie de l'essaim primaire.

clippage des reines

En clippant votre reine, vous pouvez la conserver plus longtemps et conserver davantage d'abeilles dans votre colonie 

Solution 6 : Produire des essaims artificiels

C'est le meilleur moyen d'éviter l'essaimage naturel. En plus de soulager ds ruches trop populeuses et pleines de couvain, vous pouvez faire vous même vos propres essaims et éviter de les acheter à un autre apiculteur. 

La mortalité hivernale étant inévitable, produire vos propres essaims est indispensables si vous voulez maitriser toute votre chaine de production.

essaim artificiel

Voilà à quoi ressemblent des essaims artificiels dans des ruchettes 

Conclusion

La non-maitrise de l'essaimage est un facteur qui peut complètement ruiner les efforts que vous avez mis en place pour vos colonies.

Sans prévention de l'essaimage, dites adieu à votre récolte!

Mais sachez qu'il sera toujours plus intelligent de prévenir l'essaimage en empêchant la colonie de se saturer en miel et en abeille que de casser les cellules royales chaque semaine, méthode chronophage et dangereuse pour votre colonie.


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