Je suis un peu agacé.

L'autre jour je suis tombé sur une pub facebook.

Un fameux youtubeur proposait un stage d'apiculture qu'il disait "naturelle, durable et autonome".

5 jours durant lesquels les participant allaient apprendre l'apiculture sans utiliser de produits chimiques.

Le stage coûtait au total 1240€ sans le logement ni la nourriture pour 8 personnes au total.

Je vous laisse faire la multiplication...


Ce qui me dérange...

Ce n'est pas le fait de ne pas utiliser de produits chimique (je suis moi-même en bio). 

Ni de proposer des stages. 

Mais plutôt de proposer des stages hors de prix pour un contenu assez vague. 

Car pour moi "naturelle, durable et autonome" ne veulent rien dire.

Car personne n'a défini ce cahier des charges.


Ce en quoi je crois...

Ce sont les labels. 

Et pour ça le label "AB" ou "agriculture biologique" est majoritaire et reconnu comme l'un des plus fiables.

Et on a beau dire ce que l'on veut mais ce label a le mérite d'être reconnu par quasiment tout le monde. 

Le logo du label AB connu de tous!

Comment faire du miel bio

Je vais vous donner le cahier des charges du miel bio définies en agriculture biologique.

Ces contraintes ne sont pas parfaites, mais elles ont le mérite de mettre des règles sur la table pour suivre une apiculture respectueuse de l'abeille.

Pour cela il faut 6 points cruciaux.

Je vous explique tout ça dans la suite...

#1 Avoir de la cire bio

La cire est le matériaux de construction de base d'une colonie.

Sans cire, pas de couvain, ni de stockage de provisions.

Une cire  gauffrée de bonne qualité est primordiale pour que les abeilles bâtissent correctement. 

Les apiculteurs ont pendant longtemps utilisé des subsituts à la cire. 

Ils la mélangeaient à de la parafine pour qu'elle soit plus souple, plus économique. 

Ou bien ils rajoutaient de l'acide oxalique pour qu'elle brille davantage. 


Mais ce n'est pas le seul problème...

La cire est un corps gras. 

Et les corps gras ont la fâcheuse tendance à stocker les molécules de synthèse. 

Les traitements à bas de produits de synthèse (amitraze, tau-fluvalinate, fluméthrine, coumaphos, etc.) s'accumulent dans les cires année après année.

Si bien que 40 à 70% des cires française sont contaminées à l'amitraze (la molécules à la base du traitement Apivar).

Alors imaginez si vous alternez les traitement comme le recommandent certains GDSA ou ruchers-école...

Imaginez lorsque vous alterniez l'amitraze (apivar) et le tau-fluvalinate (apistan).

Année après année, sans renouvellement de vos cires , votre cire peut devenir un cocktail de produits chimiques...


amorce de cire

L'amorce de cire est une solution pour ceux qui n'ont pas de cire bio. Tout ce qui est bâti en bas est garanti 100% bio!

#2 Avoir un traitement varroa bio

Plusieurs traitements avec AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) existent. 

Ils utilisent principalement les acides formiques et oxalique, ainsi que certaines huiles essentielles. 

Personnellement, j'utilise l'acide oxalique que j'utilise hors couvain grâce à un arrêt de ponte.

Avec ce traitement, aucun risque de retrouver des résidus dans les cires!

apibioxal

Le médicament Apibioxal dispose d'une AMM pour traiter le varroa

#3 Avoir un nourrissement bio

Le nourrissement est essentiel.

Sans nourrissement externe, il est compliqué de maintenir une colonie en vie.

Vous pouvez en mettre plusieurs kilos par colonie et par an.


Il existe 2 types de nourrissement.

1. Le sucre solide (candi ou apifonda). 

Ces nourrissements permettent de maintenir une quantité de nourriture toujours disponible pour la colonie.

Ils permettent de maintenir la ponte.

Mais ils ne permettent pas de faire bâtir la colonie ni de stocker. 

2. Le sirop 

A base de sucre et d'eau, il permet de faire bâtir les colonies de relancer la ponte et de faire des stocks.

Attention à ne pas utiliser avant la miellée pour ne pas faire de de miel à la canne à sucre!


nourrissement abeilles au sirop

Le sirop 40/60 ou 50/50 est précieux pour la préparation à l'hivernage des abeilles

#4 Avoir des matériaux de ruche naturels 

La ruche est la maison des abeilles.

A priori les matériaux de construction de la ruche ne se retrouvent pas dans le miel.

Mais le label bio impose des matériaux naturels où du moins pas issus de la pétrochimie. 

Seuls le bois et le métal son donc autorisés pour le bio. 

Exit le plastique et le polystyrène!

Les matériaux isolants tels que le styrodurs sont tout de même tolérés à condition de ne pas être en contact avec la colonie.


ruche en bois

Le bois et l'acier, matériaux nobles et autorisés en bio

#5 Avoir des emplacements situés en zone naturelle 

L'emplacement est déterminant pour le miel. 

Il déterminera son terroir et son goût. 

Tous ces paramètres sont déterminés par l'emplacement.

En agriculture biologique, l'emplacement doit être situé dans une zone avec au moins 50% de zone naturelle (prairies ou forêts).

emplacement rucher bio

Ici le site de l'ITSAP propose un outil SIG (Système d'Information Géographique pour pouvoir mesurer la couverture végétale)

#6 Avoir des reines non-clippées

Clipper les reines est une technique ancestrale.

Elle était déjà connue au temps des romains.

Celà consiste simplement à couper une aile de reine en biseau.

La reine lors de l'essaimage ne va alors plus pouvoir partir avec l'essaim primaire. 

Une reine non clippée pourra donc essaimer tranquillement, dans le respect du cycle naturel des abeilles.

reine clippée

Ici la reine est clippée ce qui l'empêche d'essaimer

Conclusion 

Le label AB n'est pas parfait. 

Mais il a un mérite. 

Pousser les apiculteurs à avoir de bonnes pratiques apicoles. 

Leur permettre de mieux valoriser leur produit. 

Et permettre au consommateur de s'y retrouver au milieu de tous ces choix.

Au moins ce label de se cache pas derrière des termes fumeux comme naturel ou durable. 


Si vous voulez aussi avoir une apiculture alignée avec vos valeurs.

Je pense que ces 6 points sont un bon début pour faire du miel bio.

Ce n'est pas si compliqué. 

Pourquoi vous en priver?